Quand la France brûle : la saison des feux, mois par mois
Publié le mis à jour le 14 min de lecture
L’essentiel
- Le département qui a le plus brûlé en France sur 2016-2025 n'est pas méditerranéen : les Pyrénées-Atlantiques, 127 061 ha, dont le plus grand feu date du 15 février 2019.
- Sur les dix départements les plus touchés en surface, quatre ont leur plus grand incendie daté de décembre, janvier ou février.
- Le brûlage pastoral est autorisé du 15 octobre au 31 mars dans les Pyrénées-Atlantiques (arrêté du 22 octobre 2012), du 15 octobre au 15 avril dans les Hautes-Pyrénées (arrêté du 18 août 2021), sous déclaration et surveillance.
- En 2022, la Gironde a perdu 29 993 ha, soit 92 % de son total décennal ; le Finistère 1 843 ha aux monts d'Arrée et le Maine-et-Loire 1 434 ha à Baugé-en-Anjou.
- 28 départements sur 96 n'ont aucun périmètre relevé : le seuil d'un hectare retenu ici exclut la très grande majorité des départs de feu.
Deux saisons, pas une
Un incendie de végétation en France, dans l'imaginaire commun, c'est un pin qui flambe au-dessus d'une calanque au mois d'août. Les périmètres officiels racontent autre chose. Sur les 5 000 incendies d'au moins un hectare cartographiés par Copernicus EFFIS entre 2016 et 2025 dans 68 départements, celui qui totalise de très loin le plus de surface parcourue n'est pas méditerranéen : ce sont les Pyrénées-Atlantiques, avec 2 321 incendies et 127 061 ha en dix ans, soit près de quatre fois la Gironde, deuxième du classement.
Et son plus grand feu de la période ne s'est pas déclaré en été. Il a parcouru 2 417 ha à Mendive, en Basse-Navarre, le 15 février 2019. Ce n'est pas une anomalie de mesure. C'est la signature d'une seconde saison des feux, hivernale, pastorale et montagnarde, qui ne recoupe la saison méditerranéenne ni dans le calendrier ni, pour l'essentiel, sur la carte.
Ce guide décrit ces deux saisons, ce qui les alimente et pourquoi la seconde reste largement absente du débat public.
Les dix départements les plus touchés, et leurs dates
Voici les dix départements ayant le plus de surface parcourue entre 2016 et 2025. La colonne des dates suffit à la démonstration : sur ces dix plus grands incendies, quatre sont datés de décembre, janvier ou février.
| Département | Surface totale | Nombre de feux | Plus grand incendie | Date |
|---|---|---|---|---|
| Pyrénées-Atlantiques | 127 061 ha | 2 321 | Mendive, 2 417 ha | 15 février 2019 |
| Gironde | 32 605 ha | 45 | Louchats, 13 116 ha | 12 juillet 2022 |
| Aude | 19 670 ha | 54 | Coustouge, 11 391 ha | 5 août 2025 |
| Haute-Corse | 17 457 ha | 285 | Olmeta-di-Tuda, 2 424 ha | 24 juillet 2017 |
| Var | 16 102 ha | 45 | Le Cannet-des-Maures, 6 510 ha | 16 août 2021 |
| Bouches-du-Rhône | 10 671 ha | 59 | Vitrolles, 3 015 ha | 10 août 2016 |
| Hautes-Pyrénées | 8 505 ha | 273 | Ségus, 213 ha | 26 février 2019 |
| Lozère | 7 865 ha | 483 | Pont-de-Montvert, 120 ha | 23 janvier 2022 |
| Ariège | 6 066 ha | 175 | Caychax, 546 ha | 5 décembre 2016 |
| Pyrénées-Orientales | 6 014 ha | 122 | Ille-sur-Têt, 1 452 ha | 11 août 2016 |
Les quatre départements pyrénéens du tableau cumulent 147 646 ha, davantage que les six autres réunis. Leurs feux sont aussi bien plus nombreux et individuellement bien plus petits : 2 321 périmètres dans les Pyrénées-Atlantiques pour une moyenne d'environ 55 ha, contre 45 périmètres dans le Var pour une moyenne d'environ 358 ha. Deux départements de superficie administrative comparable, deux objets sans rapport. Vous pouvez consulter le détail des autres départements sur la page départements.
Le calendrier, mois par mois
- Décembre et janvier
- Ouverture de la campagne pastorale. Les plus grands feux de l'Ariège et de la Lozère sur dix ans en relèvent : 546 ha à Caychax le 5 décembre 2016, 120 ha au Pont-de-Montvert le 23 janvier 2022.
- Février et mars
- Le vrai pic hivernal. Mendive, 2 417 ha, le 15 février 2019. Ségus, dans les Hautes-Pyrénées, 213 ha, le 26 février 2019. Saint-Projet-de-Salers, dans le Cantal, 69 ha, le 17 février 2023. Ces journées combinent lande sèche, vent de sud et fenêtres autorisées de brûlage.
- Avril et mai
- Un creux net. Les périodes d'écobuage se referment, la végétation repart et les sols restent proches de leur maximum d'humidité hivernal.
- Juin
- L'indice forêt-météo remonte sur l'arc méditerranéen. C'est le moment où la carte de la météo des forêts commence à basculer dans le Sud-Est.
- Juillet et août
- La saison estivale se concentre ici. Landiras-Louchats en Gironde le 12 juillet 2022, Botmeur dans les monts d'Arrée le 18 juillet 2022, Olmeta-di-Tuda en Haute-Corse le 24 juillet 2017, Coustouge dans l'Aude le 5 août 2025, Vitrolles le 10 août 2016, Le Cannet-des-Maures le 16 août 2021.
- Septembre et octobre
- Le danger persiste tant que les couches profondes du sol n'ont pas été rechargées. Un coup de mistral ou de tramontane sur une garrigue épuisée par l'été suffit.
- Novembre
- Mois de transition. Les autorisations de brûlage rouvrent dès la mi-octobre dans les Pyrénées, mais les chantiers attendent en général le gel et l'assèchement des herbes.
L'écobuage : pourquoi on brûle la montagne en hiver
L'écobuage, appelé aussi brûlage pastoral dirigé, consiste à brûler la végétation sur pied d'un parcours de montagne pour éliminer la lande ligneuse, les refus de pâturage et les broussailles. L'objectif, tel que le formule la préfecture des Hautes-Pyrénées, est le maintien de la meilleure ressource fourragère possible par l'élimination de la végétation ligneuse et des refus.
Sans cette pratique, les estives se referment. La fougère, l'ajonc et le genêt gagnent, la surface pâturable diminue, et les paysages ouverts que parcourent troupeaux et randonneurs disparaissent en une génération. Le brûlage pastoral a donc une fonction agricole assumée, et une fonction indirecte de prévention : il crée des ruptures de combustible dans des massifs où l'accumulation de biomasse serait sinon continue.
L'ampleur de la pratique explique les chiffres. Les animateurs pastoraux béarnais évoquent de l'ordre de 3 200 chantiers de brûlage par an dans les seules Pyrénées-Atlantiques. Un même périmètre EFFIS en regroupe souvent plusieurs et seule une petite fraction laisse une cicatrice d'au moins un hectare, d'où les 2 321 périmètres et les 127 061 ha relevés sur dix ans, avec des années très inégales selon la météo de l'hiver : 219 feux en 2019, 260 en 2021, 380 en 2023, 726 en 2025. Le vocabulaire de ces pratiques est détaillé dans le glossaire des feux.
Un cadre légal, et ce qui se passe quand le feu échappe
Le brûlage n'est ni libre ni clandestin. Dans les Pyrénées-Atlantiques, l'arrêté préfectoral du 22 octobre 2012 autorise l'incinération des végétaux sur pied du 15 octobre au 31 mars, avec prolongation possible en zone de montagne jusqu'au 30 avril, et impose une équipe d'au moins quatre personnes. Dans les Hautes-Pyrénées, l'arrêté du 18 août 2021 retient la période du 15 octobre au 15 avril et exige une déclaration au maire, un préavis de quinze jours quand le dossier passe devant une commission locale d'écobuage et d'un mois sinon, l'information des propriétaires voisins dans un rayon de 200 mètres, une surveillance continue et la possibilité d'être joint par le service d'incendie et de secours.
Ces autorisations sont suspendues quand les conditions se dégradent. Le 15 février 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a interdit tout écobuage pendant deux jours, en invoquant des prévisions météorologiques défavorables et l'affluence touristique de vacances scolaires, jugées incompatibles avec la pratique.
Quand le feu échappe, les qualifications pénales sont lourdes. L'article 322-5 du code pénal punit de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende l'incendie de bois, forêts, landes, maquis, plantations ou reboisements d'autrui causé par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement. Les peines sont portées à trois ans et 45 000 euros en cas de violation manifestement délibérée, et s'aggravent encore si des personnes sont blessées ou tuées.
La saison méditerranéenne : sécheresse, vent, fréquentation
L'autre saison obéit à une mécanique différente. Elle ne dépend pas d'un geste programmé mais d'une conjonction : un déficit hydrique installé depuis le printemps, une végétation sclérophylle riche en essences inflammables, un vent régional capable de porter le front sur plusieurs kilomètres, et une fréquentation humaine à son maximum annuel. Le ministère de l'Intérieur et le ministère de l'Agriculture rappellent que neuf feux de forêt sur dix sont d'origine humaine et que la moitié naissent d'une simple imprudence : mégot, barbecue, travaux, stockage de bois ou de gaz.
Les chiffres de l'arc méditerranéen dessinent un profil inverse de celui des Pyrénées. Le Var : 45 incendies pour 16 102 ha, dont 6 510 ha au Cannet-des-Maures le 16 août 2021. Les Bouches-du-Rhône : 59 incendies pour 10 671 ha. La Haute-Corse : 285 incendies pour 17 457 ha. L'Aude : 54 incendies pour 19 670 ha, dont 11 391 ha à Coustouge le 5 août 2025, soit 58 % du total départemental en une journée. Peu de départs cartographiés, mais des surfaces considérables par événement.
C'est aussi la seule saison où la circulation est restreinte par arrêté. Dans les départements concernés, la carte du lendemain est publiée vers 18 h et peut fermer entièrement des massifs : voir l'accès aux massifs.
2022, l'année où le feu est monté vers l'ouest et le nord
L'été 2022 a rendu visible une évolution que les projections annonçaient. La Gironde, département atlantique de pin maritime, a vu brûler 29 993 ha sur cette seule année, soit 92 % de tout ce que le département a perdu en dix ans. Le feu parti de Landiras le 12 juillet, dont le périmètre EFFIS est rattaché à Louchats, en représente à lui seul 13 116 ha.
Plus au nord, deux périmètres ont marqué les esprits. Dans le Finistère, le feu de Botmeur, dans les monts d'Arrée, a parcouru 1 843 ha le 18 juillet 2022 sur des landes tourbeuses que personne ne classait parmi les milieux à risque. En Maine-et-Loire, Baugé-en-Anjou a perdu 1 434 ha le 8 août 2022. Ces deux départements ne comptent respectivement que 5 et 9 incendies cartographiés sur dix ans : ils n'ont pas de saison des feux, ils ont eu une année. On retrouve ces événements dans les grands incendies de France.
C'est le sens de la mission interministérielle sur le changement climatique et l'extension des zones sensibles aux feux de forêts, qui estimait dès 2010 une progression des surfaces sensibles de l'ordre de 30 % à l'horizon 2040 et jusqu'à 50 % en 2050. C'est aussi ce qui a motivé la loi du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l'intensification et l'extension du risque incendie.
Ce que change le cumul de sécheresse
Pour comprendre qu'un seul été puisse faire basculer un département breton, il faut regarder ce que mesure l'indice forêt-météo. Ce système canadien, calculé sur les 96 départements à partir de 60 jours de météo passée et 9 jours de prévision, suit trois réservoirs d'humidité distincts, qui n'ont ni la même inertie ni le même effet.
- Le FFMC décrit la litière fine, celle qui prend feu. Il réagit en quelques heures : une averse le fait chuter, une matinée de vent le fait remonter.
- Le DMC décrit l'humus compacté et raisonne en semaines. C'est lui qui détermine si un feu s'installe ou s'éteint de lui-même.
- Le DC décrit les couches profondes et la matière organique du sol. Il met des mois à se recharger.
C'est le DC qui sépare un été chaud d'un été catastrophique. Un massif dont les couches profondes sont sèches ne s'arrête plus la nuit, et ne s'arrête plus sur un ruisseau ou une rupture de pente. Les tourbières des monts d'Arrée en sont l'illustration : normalement gorgées d'eau, elles étaient devenues du combustible en juillet 2022. Un orage isolé au mois d'août ne corrige pas un déficit accumulé depuis mars. Le détail des trois réservoirs est visible sur la page risque incendie.
Ce que le seuil d'un hectare ne montre pas
Un dernier avertissement de lecture. Toutes les surfaces citées ici viennent des périmètres EFFIS, filtrés à un hectare minimum. Ce seuil n'est pas neutre.
EFFIS cartographie les cicatrices de brûlage par télédétection. Jusqu'en 2018, la chaîne reposait principalement sur MODIS et ne descendait guère sous les 30 hectares. L'arrivée de l'imagerie Sentinel-2 a permis de descendre nettement plus bas, et Copernicus estime aujourd'hui couvrir environ 95 % de la surface brûlée annuelle dans l'Union européenne. Conséquence directe : les années 2016 et 2017 sont probablement moins complètes que les plus récentes, et une part de la hausse apparente du nombre de feux tient à l'amélioration du capteur, non à la seule évolution du climat.
Surtout, le seuil masque l'essentiel de l'activité opérationnelle. La très grande majorité des départs traités chaque année par les services d'incendie et de secours reste sous l'hectare, parce qu'ils sont éteints vite. Ils n'apparaissent dans aucun chiffre de cette page. Les 28 départements sans aucun incendie relevé sur la période n'ont donc pas connu zéro feu : ils n'ont connu aucun feu assez grand et assez persistant pour laisser une cicatrice mesurable depuis l'orbite. La méthode complète est décrite dans nos sources et méthodologie.
Questions fréquentes
La France a-t-elle vraiment deux saisons des feux ?
Les périmètres Copernicus EFFIS de 2016 à 2025 décrivent bien deux régimes distincts. Un régime estival méditerranéen, concentré sur juillet et août, avec peu de départs cartographiés mais de très grandes surfaces par événement (Var, Bouches-du-Rhône, Corse, Aude). Un régime hivernal pastoral, de décembre à mars, dans les Pyrénées et une partie du Massif central, avec des feux très nombreux et individuellement petits. Ils ne se recouvrent guère, ni dans le temps ni dans l'espace.
Pourquoi les Pyrénées-Atlantiques totalisent-elles le plus d'hectares brûlés de France ?
Parce qu'on y pratique massivement le brûlage pastoral. Le département cumule 2 321 incendies d'au moins un hectare et 127 061 ha entre 2016 et 2025, mais avec une surface moyenne d'environ 55 ha par périmètre. Son plus grand feu de la période, 2 417 ha à Mendive, date du 15 février 2019. Ce sont des chantiers d'entretien des estives conduits en hiver, pas des feux de forêt estivaux.
L'écobuage est-il légal ?
Oui, sous conditions fixées par arrêté préfectoral, département par département. Dans les Pyrénées-Atlantiques, l'arrêté du 22 octobre 2012 autorise l'incinération des végétaux sur pied du 15 octobre au 31 mars, avec prolongation possible en montagne jusqu'au 30 avril. Dans les Hautes-Pyrénées, l'arrêté du 18 août 2021 retient le 15 octobre au 15 avril, avec déclaration au maire et préavis. Les dates, les préavis et les obligations de surveillance varient selon les départements et peuvent être suspendus à tout moment : vérifiez toujours l'arrêté en vigueur auprès de votre préfecture.
Que risque-t-on si un brûlage échappe ?
L'article 322-5 du code pénal punit de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende l'incendie de bois, forêts, landes, maquis, plantations ou reboisements d'autrui causé par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement. Les peines sont portées à trois ans et 45 000 euros en cas de violation manifestement délibérée, et s'aggravent encore en cas de blessures ou de décès. La méconnaissance de l'arrêté préfectoral constitue par ailleurs une infraction distincte.
Pourquoi certains départements affichent-ils zéro incendie ?
Vingt-huit départements sur 96 n'ont aucun périmètre relevé sur 2016-2025. Cela ne signifie pas qu'aucun feu ne s'y est déclaré, mais qu'aucun n'a atteint un hectare ni laissé de cicatrice détectable par satellite. La très grande majorité des départs traités chaque année par les services d'incendie et de secours reste sous ce seuil, parce qu'ils sont éteints rapidement.
Le feu de Botmeur en 2022 signifie-t-il que la Bretagne est devenue une zone à risque ?
Un événement ne fait pas une saison. Le Finistère compte 5 incendies cartographiés sur dix ans, dont celui de Botmeur, 1 843 ha le 18 juillet 2022. Ce que montre 2022, c'est qu'un déficit hydrique profond suffit à rendre combustibles des milieux normalement humides, comme les landes tourbeuses des monts d'Arrée. La mission interministérielle sur l'extension des zones sensibles aux feux de forêts estimait dès 2010 une progression des surfaces sensibles de l'ordre de 30 % à l'horizon 2040.
Sources
- Copernicus EFFIS — Rapid Damage Assessment (méthode de cartographie des surfaces brûlées)
- Préfecture des Hautes-Pyrénées — Pratique des brûlages pastoraux dirigés dits écobuages
- Préfecture des Pyrénées-Atlantiques — Arrêté préfectoral portant interdiction de l'incinération des végétaux sur pied (écobuage)
- Préfecture des Pyrénées-Atlantiques — Le brûlage dirigé dans le département
- Légifrance — Article 322-5 du code pénal
- Légifrance — LOI n° 2023-580 du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l'intensification et l'extension du risque incendie
- info.gouv.fr — Comment prévenir les feux de forêt ?
- Ministère de la Transition écologique — Changement climatique et extension des zones sensibles aux feux de forêts (mission interministérielle)
- Pastoralisme Béarn (association) — Qu'est-ce que l'écobuage ou brûlage pastoral ?



